Mode de vie et traditions Inuits

Les inuits utilisent ce que leur fournit leur environnement : animaux, glace, pierres. Leur alimentation les aide à résister au froid, mais leur véritable adaptation est culturelle : vêtements, raquettes, traîneaux, kayaks, stratégies de chasse, etc.

Un peuple nomade

Le rythme des saisons et la nécessité de s'adapter à l'environnement sont étroitement liés au mode de vie nomade adopté par les Inuits. L'alimentation est essentiellement basée sur la chasse qui impose des déplacements continus, ceux-ci étant plus importants durant la période estivale. Ils parcourent différents couloirs de circulation en fonction des ressources disponibles. Les endroits traversés sont nommés selon les caractéristiques du terrain et servent de points de repère. Cette toponymie est essentielle pour éviter de se perdre et son importance en fait un élément clé de la culture inuit, séparant le monde nommé de ce qui ne l'est pas. La sédentarisation ne faisant plus appel à ces savoirs, ceux-ci se perdent. Ils ne sont plus transmis par la langue et la culture inuit, même si un regain d'intérêt pour le territoire permet d'en conserver quelques éléments.

Des chasseurs et des pêcheurs

L'introduction des armes à feu au 19e siècle et du motoneige il y a quelques dizaines d'années a bouleversé les pratiques de chasse. Néanmoins, celle-ci est toujours pratiquée par 80% de la population inuit, même s'il ne s'agit plus d'un emploi à temps complet mais d'un complément à un emploi salarié. La chasse fournissait la nourriture ainsi que les matériaux nécessaires pour la fabrication des outils, des logements et des vêtements. Le mode de vie inuit permettait de préserver l'équilibre fragile du milieu dans lequel ils évoluaient tout en y prélevant ce dont ils avaient besoin. En hiver, ils chassaient les mammifères marins et se déplaçaient vers l'intérieur des terres en été pour chasser le caribou, pêcher des poissons d'eau douce, attraper des oiseaux et ramasser des œufs, des baies et des herbes.

Organisation sociale

La cellule familiale était constituée d'un couple et des ses enfants non mariés ainsi que des parents proches et des parents par alliance. Les hommes construisaient les maisons, chassaient et pêchaient tandis que les femmes s'occupaient des peaux et de la fabrication des vêtements. Le rassemblement de plusieurs familles formait le groupe de chasse dont la taille était liée à la richesse de la région. En cas de pénurie, le groupe pouvait se scinder en unités plus petites pour augmenter ses chances de survie. Les enfants étaient traités avec douceur et leur éducation se faisait par l'imitation et l'expérimentation. Les communautés agissaient avec coopération et chacun était dans l'obligation d'aider son prochain.

La cuisine

La pêche et la chasse fournissent des aliments qui sont consommés crus. On trouve également des plats cuisinés comme du bouillon de renne ou des plats à base de viande d'ours ou de phoque ainsi que des galettes faites de farine, de levain et de graisse de phoque. Une des spécialités est l'akutaq : il s'agit d'une glace composée de gras de phoque, de baies et d'herbes qui sont longuement remués à la main. Un plat traditionnel d'hiver, le kiviak, est avant tout un aliment de survie lorsque la nourriture est rare et la chasse dangereuse. Il se prépare en remplissant une carcasse de phoque avec des pingouins que l'on laisse ensuite fermenter pendant plusieurs mois.

La langue inuit

La langue inuit appartient à la famille des langues eskimo-aléoutes. Il s'agit plus particulièrement d'un continuum linguistique qui se subdivise en plusieurs variétés. La transmission des savoirs (mythes, récits, chants, formules chamaniques) se faisait oralement. Ce n'est qu'aux 18e et 19e siècles que la langue inuit devient écrite avec l'arrivée des missionnaires. Elle se caractérise par un assemblage de suffixes sur un radical aboutissant à la formation de longs « mots-phrases ».

En savoir plus sur la langue inuit

La mythologie

Les pratiques religieuses traditionnelles des Inuits consistent en une forme de chamanisme basé sur des principes animistes. Toutefois, les rituels et les tabous inuits sont tellement liés à la culture de précaution et de protection imposée par leur environnement hostile qu'on peut se demander s'ils ont vraiment des croyances ou une religion. En fait, c'est la peur qui domine, au-delà des croyances.

Au commencement du monde, il y avait un homme et une femme. La femme demanda au dieu du ciel, Kaïla, de peupler la terre. Il l'envoya creuser un trou dans la banquise d'où elle sortit tous les animaux. Le dernier fut le caribou, cadeau de Kaîla, qui nourrirait les Inuits et dont la peau leur permettrait de se vêtir et de confectionner des tentes. Mais à force de chasser les plus beaux caribous, il ne resta que les plus faibles et les malades. Kaïla alla rendre visite à Amarok, l'esprit du loup, et lui demanda que ses enfants mangent les caribous en mauvaise santé afin que les troupeaux redeviennent nombreux avec des caribous gros et gras.

Les Inuits croyaient que comme les humains, toute chose possède une âme (anirniq, le souffle) qui perdure après la mort. Leur alimentation est donc constituée d'âmes qui peuvent se venger. La pratique de rituels et les coutumes, sous la direction du chaman, servent à apaiser ces esprits. D'autre part, l'anirniq fait partie d'un tout et en prenant le nom d'un anirniq les Inuits peuvent emprunter ses pouvoirs ou ses caractéristiques. D'autres esprits, les tuurngait, ne sont pas liés à des corps physiques. Ils sont maléfiques et responsables des malheurs qui peuvent arriver. Ils peuvent également posséder les humains. Les chamans peuvent les combattre et les éloigner mais également les capturer et s'en servir pour combattre les tuurngait libres.

Les arts

L'inukshuk est un empilement de pierres formant un repère directionnel. On le retrouve dans l'art inuit où il est devenu un thème récurrent à la limite de l'abstraction et de la figuration. Les artistes inuits suivent une démarche spirituelle qu'ils expriment par les sculptures sur ivoire de morse, cornes de caribou ou os de baleine. La musique traditionnelle est soit une musique vocale, soit une musique à danser. Elle se caractérise par un chant récitatif et est accompagnée de tambours. On la retrouve dans les cérémonies chamaniques pour la chasse ou le jeu mais également lorsqu'il s'agit de chanter une berceuse à son enfant. Le chant de gorge consiste en une joute oratoire entre deux femmes se faisant face. L'une chante une forme rythmique et l'autre l'accompagne jusqu'à ce que les voix se confondent et que l'une des deux femmes s'essouffle ou se mette à rire.