Terres rares : l'enjeu Groenland

Jusqu'à il y a quelques années, le Groenland était complètement ignoré dans la sphère politique internationale. Aujourd'hui, un ensemble de facteurs, notamment les effets du changement climatique et la raréfaction des ressources naturelles mondiales, fait qu'il sera probablement amené à y jouer un rôle de plus en plus important.

Le changement climatique : effets et conséquences

Les régions situées près des pôles sont parmi les plus impactées par le changement climatique. Elles enregistrent en effet des augmentations moyennes de températures deux fois supérieures à la moyenne mondiale, alors que leur environnement extrêmement fragile y répond très rapidement. Au Groenland, l'effet le plus visible de cette augmentation de température est la fonte accélérée de la calotte polaire, avec une augmentation de 30% des zones de la calotte entrant en fonte au cours de ces trente dernières années et une perte nette de 125 km3 de glace chaque année.
Les conséquences de cette fonte accélérée sont multiples, certaines étant positives et d'autres négatives :

  • Augmentation du nombre d'icebergs relâchés dans l'Atlantique Nord, entraînant des difficultés accrues pour la navigation maritime (petite anecdote : l'iceberg ayant causé le naufrage du Titanic provenait de la calotte polaire groenlandaise) ;
  • Augmentation globale du niveau des mers : si cet impact est encore peu visible à l'heure actuelle, la fonte totale de la calotte groenlandaise entraînerait une hausse de 6 à 7 mètres du niveau des mers par rapport au niveau actuel ;
  • Ouverture de passages maritimes près du pôle nord ;
  • Accès à de nouveaux territoires exploitables pour l'agriculture, la pêche ou l'exploitation des ressources naturelles, notamment minières et pétrolifères ;
  • Mise en péril du mode de vie traditionnel Inuit reposant sur la pêche et la chasse sur banquise, rendues de plus en plus difficiles et dangereuses du fait de couches de glace de plus en plus instables, tandis que les animaux polaires (phoques, ours polaires) tendent à migrer plus au nord à la recherche de zones plus stables.

Des voisins intéressés

La Russie, la Norvège, le Danemark et le Canada sont les quatre pays les plus directement concernés par la fonte des glaces à proximité du Groenland car ils possèdent tous des territoires riverains. Les États-Unis ont, historiquement, une attache forte au Groenland par leur présence militaire sur le territoire – la base militaire de Thule est toujours en opération et compte plusieurs milliers de résidents américains -, tandis que l'Australie, le Japon, la Chine et la Corée du Sud ont tous les quatre avancé des pions sur l'échiquier de l'accès aux ressources naturelles encore largement inexploitées de la zone.

Ouverture de passages maritimes

La fonte des glaces autour du Groenland, notamment au nord-ouest, pourrait d'ici quelques années permettre l'ouverture d'un passage maritime direct du Pacifique à l'Atlantique en passant par le pôle nord. Cette ouverture aurait de fortes implications pour le commerce international – avec de potentielles retombées financières pour le Groenland à travers les droits de douane – et soulève également d'importants enjeux militaires et stratégiques.

Exploitation des ressources naturelles

Le niveau actuel d'exploitation des ressources naturelles groenlandaises est bas, mais pourrait augmenter fortement dans les prochaines années à la faveur de la fonte des glaces. Ces ressources sont principalement :

  • L'eau : l'inlandsis groenlandais représentant 10% des réserves d'eau douce de la planète, sa disparition, partielle ou totale, limiterait ou empêcherait son exploitation alors que les ressources d'eau douce mondiales sont en constante baisse. A l'heure actuelle, l'exploitation hydroélectrique est faible mais pourrait être amenée à augmenter rapidement si des mines se développent sur le territoire ;
  • Le pétrole : les territoires groenlandais – principalement maritimes – regorgeraient de l'équivalent de 10% des ressources mondiales de pétrole ;
  • Les minerais, et notamment l'uranium, qui pose un fort dilemme au Groenland car le Danemark s'est fortement positionné contre l'énergie nucléaire, même si une mine australienne (la Greenland Minerals and Energy LTD) est dors et déjà entrée en exploitation ;
  • Les terres exploitables pour l'établissement de nouvelles habitations ou pour l'agriculture – principalement l'élevage bovin, mais également un minimum de maraîchage sous serre.

Politique et société

Le Groenland est, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, un territoire autonome du Royaume du Danemark, possédant son propre gouvernement et ses domaines de compétence. Or les revendications pour une autonomie renforcée, voire une indépendance totale, y sont de plus en plus fortes, alors que les attaches identitaires et culturelles avec la métropole sont faibles. Suite au referendum du 25 novembre 2008 où les Groenlandais se sont très majoritairement prononcés en faveur d'une autonomie renforcée, le gouvernement groenlandais a obtenu la souveraineté sur la quasi-totalité des questions de politique intérieure – notamment sur la gestion de ses propres ressources naturelles – alors que le Royaume du Danemark a gardé la main sur sa politique extérieure et sa monnaie.

A l'heure actuelle, le Groenland dépend fortement des aides publiques du Danemark et de l'Union Européenne. Même si une indépendance complète n'est pas encore à l'ordre du jour, elle pourrait être envisageable d'ici quelques années si le Groenland fait preuve des capacités nécessaires à la gestion de ses propres ressources naturelles et, surtout, de ses retombées financières. Avec un territoire tellement vaste, un potentiel tellement important et un si petit nombre d'habitants, les risques de corruption, de dégradation environnementale et d'atteinte à la culture traditionnelle sont importants, même si les retombées positives pourraient également être gigantesques pour une si petite économie. D'autant plus que les inégalités sont de plus en plus vastes au sein de la société, avec une qualité de services publiques (notamment dans les hôpitaux et les écoles) difficile à maintenir, et l'un des taux de suicide les plus élevés au monde.