La base de Thulé

La base aérienne de Thulé se situe à 1500 km du pôle nord. Elle a été construite dans les années 1940 par les Américains puis largement agrandie dans les années 1950. Cette base a longtemps constitué un enjeu géopolitique majeur pour le Danemark et les États-Unis et comporte de nombreuses installations d'observation et de détection mais également une piste de 3000 mètres qui accueille environ 2600 vols militaires et internationaux par an.

La genèse de la base de Thulé

En 1941, le Danemark était occupé par l'Allemagne et l'ambassadeur danois aux États-Unis, en désaccord avec l'occupant, autorisa les Américains à établir des bases aériennes au Groenland. Il s'agissait de protéger la partie nord de l'Atlantique contre le danger des sous-marins allemands. Les Américains sont restés au Groenland et ont obtenu l'accord du Danemark pour défendre sa possession.

Le point de Thulé a été choisi car il situé sur la côte nord-ouest du Groenland, dans une zone qui le met à l'abri des glaces dérivant dans le couloir maritime. Il constitue le point le plus favorable au point de vue climatique et qui soit le plus proche du pôle nord.

Extension

Lors de la guerre froide, le Groenland et la base de Thulé prennent une importance géopolitique majeure. La base militaire américaine est agrandie et devient une véritable enclave de l'armée américaine. Une piste de trois kilomètres de longueur et de plusieurs centaines de mètres de largeur a été construite pour accueillir les avions les plus modernes. Celle-ci nécessitait de nombreuses installations pour permettre son fonctionnement : postes de navigation, de météorologie, radar, ateliers de réparations ainsi que d'énormes réservoirs. L'ancien lit d'un glacier a été choisi pour y établir la piste et une ville a été construite de part et d'autre, face à la mer. On y trouve tous les services nécessaires au fonctionnement de la base ainsi que ceux permettant au personnel et aux familles de vivre dans l'isolement complet de la zone arctique.

La situation géographique de Thulé a permis d'acheminer une partie du matériel de construction de la base par cargo. Mais dès que les routes maritimes ont été fermées par l'enclave hivernale, le transport s'est fait par voie aérienne et d'énormes engins furent chargés dans des avions. Le sol, profondément gelé en hiver, était réchauffé grâce à des canalisations d'air chaud. Par contre, en été, il était refroidit afin d'éviter qu'il ne se ramollisse et que les constructions ne s'affaissent. La base a été construite afin de pouvoir résister aux pires conditions météorologiques possibles, soit des températures pouvant descendre jusqu'à -73°C et des vents pouvant souffler jusqu'à 320 km/h. C'est pourquoi les bâtiments ne touchent pas le sol. Le vent peut circuler et le permafrost se conserve, assurant la solidité de Thulé. Si ce n'était pas le cas, le dégel générant eau et boue rendrait la circulation problématique. Les tuyaux ne pouvant pas être enterrés sont isolés et chauffés.

Implications pour les Inuits

Une population locale de 187 inuits vivant de façon traditionnelle de la chasse et de la pêche a été contrainte de quitter ses terres et de s'exiler à Qaanaaq, à 150 km au nord. Concentrés dans une région moins étendue et moins giboyeuse, les Inuits ont souffert de surpopulation et ont dû peu à peu renoncer aux revenus de la chasse aux phoques et de la pêche à la baleine pour dépendre de l'aide sociale danoise.

Structures et utilisations

La base de Thulé est secrètement transformée en base pour bombardiers. L'armée américaine y teste également le fonctionnement de ses armes ainsi que leur résistance au froid.

En 1954, un mât radio de 378 mètres de haut est construit pour les transmissions télex grandes ondes. A l'époque, il s'agissait de la troisième construction humaine la plus haute.

En 1956-57, des bombardiers américains décollent de Thulé avec pour mission d'inspecter les défenses soviétiques.

La construction de Camp Century démarre en 1959. Thulé, situé à 240 km a été la principale base de soutien pour la création de cette base militaire souterraine. Elle fonctionna de 1959 à 1967 et son objectif était l'acheminement de 600 missiles nucléaires au plus près de l'URSS grâce à des tunnels creusés sous la calotte glaciaire. Le projet fut abandonné mais a permis l'obtention des premières calottes de glace analysées.

Dans les années 1960, l'armée américaine a investi plus de cinq milliards de dollars afin de transformer Thulé en base ultra-moderne de détection. Un radar faisant partie du réseau « Ballistic Missile Early Warning System » a été construit en 1961. Son rôle est de détecter une attaque de missile balistique survolant la région polaire de l'hémisphère nord. Durant cette période 10 000 personnes travaillent à Thulé.

A partir de 1965, les activités de Thulé baissent et beaucoup moins de personnes vivent et travaillent sur place.

L'accident de Thulé

Le 21 janvier 1968, un B-52 américain s'écrase sur la banquise à proximité de la base de Thulé. Il transportait quatre bombes à hydrogène lorsqu'un incendie intérieur a contraint l'équipage a effectuer un atterrissage d'urgence à Thulé. Lors du crash, trois bombes ont explosé entraînant une contamination radioactive, alors que la quatrième n'a jamais été retrouvée. Les États-Unis et le Danemark lancent une importante opération de nettoyage, réquisitionnant pour cela des Inuits qui ont été exposés aux radiations. Nombre d'entre eux sont morts des suites de leur contamination tandis que d'autres ont développé des maladies plusieurs années après l'accident. Cet événement ajouté au déplacement de population lors de l'extension de la base a encore accentué le ressentiment des Inuits vis à vis des Américains.

Aujourd'hui...

Une des principales fonctions de la base est de faciliter la recherche et l'exploration de l'arctique. Thulé a souvent été comparée à une base lunaire : en hiver elle est totalement isolée, recouverte de neige et de glace et plongée dans la nuit totale. En été, le port est ouvert pour une durée de six semaines et les navires s'y rendent pour fournir le ravitaillement extérieur nécessaire à la survie des habitants. Il y a environ 1000 personnes sur place, essentiellement de nationalité américaine, canadienne et danoise, dont le rôle est de détecter les missiles pouvant être lancés contre le Canada et les États-Unis. Ils fournissent également des informations à la NASA lors des lancements de satellites ou de navettes spatiales.